Mariage ou elopement : comment choisir
Mariage ou elopement : comment choisir
J'ai vécu les deux
Je me suis marié dans un lieu privatisé, comme la plupart des mariages, avec une centaine d'invités, donc des collègues de mes parents ou des membres de la famille éloignés que je n'avais jamais vus, ce qui arrive souvent dans les mariages, qui sont rarement réservés au cercle proche. On se marie pour les autres, pour officialiser une relation aux yeux du monde, pour s'engager officiellement aux yeux de la société. On passe la journée en représentation pour les autres : on pose, on va parler à tout le monde, remercier ses invités, prendre des photos, et on profite parfois peu. La journée passe très vite, on ne se souvient pas de ce qu'on a mangé au vin d'honneur (si on a eu le temps de manger un peu). Après un ou deux ans de planification, le jour J est très intense et très rapide, et une fois la salle rangée et les clés du domaine rendues le lundi, on essaie de partir vite pour ne pas ressentir immédiatement un grand vide, dû au contraste avec cette surcharge émotionnelle et sociale, le fait d'être entouré d'autant de personnes, puis de revenir à son quotidien.
© Thomy Keat
À mon sens, le mariage est davantage tourné vers les autres, au sens large, et vers la fête. C'est la forme de célébration parfaite pour ceux qui aiment faire la fête, danser, être entourés de tous leurs amis, et dans ce cas-là, l'idéal est même le mariage sur trois à cinq jours, local ou en destination, pour maximiser cette expérience partagée tous ensemble, et la fête.
De mon côté, je ne suis pas si fêtard que ça. J'aime partager des moments de qualité avec chacun de mes amis, en petits groupes : des dîners ensemble, des week-ends à deux ou trois couples, avec ou sans enfants, calmes, riches, ou tournés vers les expériences : découvrir un nouveau pays ensemble, faire le tour d'une île à moto, aller faire de la plongée et du snorkeling, du ski, de la randonnée et du trek déconnecté. Pour notre renouvellement de vœux, après presque vingt ans de mariage, ma femme et moi avons opté pour l'elopement, en pleine nature, dans les Dolomites, les Alpes italiennes, où nous nous étions rencontrés vingt-cinq ans plus tôt, jour pour jour. Après y avoir aussi accompagné beaucoup de couples, nous savions que c'était ce qui nous ressemblait. Nos enfants, qui n'étaient pas nés lors de notre mariage, ont officié. Nous avons partagé ce moment tous les quatre, avec le photographe (le talentueux Petar Jurica), en haut d'une montagne, dans le silence : un moment très fort, symbolique, centré sur notre couple et notre famille, sans faux-semblants, intime, puissant.
Pour ceux qui ont vécu les deux, comme c'est le cas de quelques-uns de mes clients, que j'ai accompagnés pour leur mariage puis pour leurs vœux en pleine nature, la différence est dure à décrire.
© Petar Jurica
Pour qui est la journée ?
C'est la question que mon expérience m'a appris à poser avant toutes les autres, bien avant celle du budget. Un mariage est une journée offerte aux autres autant qu'à vous : vos familles, vos amis, la fête. Un elopement est une journée que vous vous offrez à vous deux, ou à votre petit cercle. Aucun des deux n'est le choix courageux ou le choix égoïste. Ce sont deux expériences différentes à vivre, et les couples savent en général, quelque part sous le tableur, laquelle leur ressemble.
J'accompagne des mariages presque tous les samedis de la saison, et des elopements régulièrement, en France et à travers l'Europe. Voici, de l'intérieur, ce que chaque format vous donne et ce qu'il vous demande.
Le mariage : tourné vers les autres et vers la fête
Le grand format a des arguments que rien ne remplace : le week-end entier dans un château de la Loire où vos invités dorment sur place, les dîners sous les platanes, les domaines de la côte atlantique où la fête finit sur la plage à minuit. [Liens internes : Guide Vallée de la Loire, Guide Provence, Guide Vendée] Si vous aimez danser et être entourés de tous vos amis, allez-y franchement : le mariage sur plusieurs jours est la spécialité discrète de la France, et c'est lui qui donne le plus de temps à l'expérience partagée. Un dîner de bienvenue, le jour J, un brunch ou une journée piscine : trois chapitres au lieu d'un, et une journée qui ne passe plus en un claquement de doigts.
Ce qu'il demande en retour : des mois de préparation (un wedding planner vaut son tarif pour tout week-end de château), un budget qui grandit avec la liste d'invités, et l'acceptation que la journée appartient en partie à sa chorégraphie et à la représentation. Planning, plan de table, discours, remerciements : la magie collective a une mécanique, et la mécanique se pilote.
L'elopement : tourné vers vous deux
De la liberté, surtout, et de la présence. Un elopement peut avoir lieu un mardi d'octobre sur une falaise bretonne, au lever du soleil dans la lavande, sur un sommet des Dolomites. [Liens internes : Guide Bretagne, Guide Provence, Guide Dolomites] Pas de minimum de salle, pas de plan de table, pas d'autre horaire que celui du soleil, et le temps de vraiment vivre chaque minute. Ce qui reste du budget se concentre sur ce qui survit à la journée : le lieu, le voyage, le film, les photos.
Ce qu'il demande en retour : de l'honnêteté sur vos proches. Certains parents reçoivent la nouvelle comme un geste romantique, d'autres comme une perte. Les couples les plus heureux de leur elopement ont décidé les yeux ouverts, et beaucoup adoucissent les angles avec les formats hybrides ci-dessous. Il demande aussi de faire confiance à moins de prestataires qui font plus : un jour d'elopement, je suis souvent photographe, équipe film, gardien du planning et la personne qui sait où sera la lumière dans quarante minutes.
S&A pendant leur mariage en Vendée, et après leur échange de voeux sous la neige aux Lofoten
M&A à l’église, puis de l’autre coté du globe dans leur élément
C&C à la mairie lors de leur mariage en région parisienne, et ensuite à Majorque juste tous les deux
L&J lors de leur mariage à l’Orangerie du Château, et à Madère, tous les deux
Les hybrides dont personne ne vous parle
Le choix est moins binaire qu'il n'y paraît. Les formats que je photographie le plus, entre les deux pôles :
Le mariage intimiste. Vingt à trente invités, une belle table unique, une vraie cérémonie. Il garde les témoins et perd l'essentiel de la mécanique ; les manoirs et domaines côtiers de l'Ouest sont taillés exactement pour cette échelle.
Le mariage secret. Une vraie cérémonie dont personne n'est au courant, avec une galerie d'annonce envoyée à tous le jour même, par QR code. C'est exactement ce qu'ont fait M et P dans les Dolomites.
L‘elopement maintenant, la fête plus tard. Les vœux à deux, une fête à la maison quelques mois après, avec le film projeté pour tout le monde. Les couples qui choisissent cette voie me disent tous la même chose : la projection a été un second mariage à elle seule. Et c’est aussi ce qu’on finalement fait M&P quelques mois après les Dolomites.
Le mariage en deux chapitres. La cérémonie à deux (ou avec les parents seulement) dans un lieu, la grande célébration dans un autre : j'ai photographié un couple entre le lac de Côme et un château près de Nantes, un autre entre les toits de Paris et la lavande de Provence, C&C entre Vincennes et Majorque, L&J et J&A entre la Vendée et Madère, S&A entre le domaine de la Chopinière et la Norvège, etc. Cela permet de vivre le meilleur des deux mondes.
Le mariage secret. Une vraie cérémonie dont personne n'est au courant, avec une galerie d'annonce envoyée à tous le jour même, par QR code. C'est exactement ce qu'ont fait M et P dans les Dolomites.
Les vœux renouvelés. Et parfois, comme pour nous, les deux formats se vivent à dix ou vingt ans d'écart : le mariage pour officialiser devant tout le monde, l'elopement pour se retrouver, ou l’inverse.
La mairie dans tout ça
Quel que soit le format, la mécanique française reste la même : la mairie fait le légal, la cérémonie fait l'émotion, et les deux n'ont aucune obligation de partager la même date, le même lieu ni le même nombre de témoins. Comme pour une cérémonie laïque dans un domaine, beaucoup de mes couples passent à la mairie en tout petit comité, un peu avant ou un peu après, puis vivent la vraie cérémonie, grande ou à deux, là où la lumière est la plus belle. Pour comparer en détail cérémonie laïque et cérémonie civile, j'ai écrit une page dédiée.
Comment la photographie diffère, honnêtement
C'est la partie dont je peux parler de l'intérieur. Une galerie de mariage, c'est de l'ampleur : des dizaines de relations documentées, l'émotion collective, la fête. Elle exige de la couverture, une discipline de planning et, à l'échelle d'un château, une équipe ; c'est pour cela que photo et film sous une même direction artistique comptent surtout au grand format.
Une galerie d'elopement, c'est de la profondeur : vous deux, avec la patience qu'un jour de mariage n'autorise jamais. On poursuit la vraie meilleure lumière au lieu de celle que le planning permet, on change de lieu, on attend le nuage. Les elopements sont l'endroit où naissent souvent les images qui gagnent des prix, non parce que les couples sont différents, mais parce que la journée se plie à la lumière au lieu de l'inverse.
La bonne question n'est pas « lequel produit les plus belles photos ». C'est « avec quelles photos voulez-vous vieillir » : le film choral, ou le paysage avec deux personnes dedans. Beaucoup de mes couples répondent « les deux », et c'est exactement à cela que servent la séance day after et les formats hybrides.
La question du budget, sans théâtre
Un mariage complet grandit avec les invités : lieu, traiteur, hébergement, transport, chaque ligne multipliée par le nombre de convives. Un elopement inverse le calcul. En ordre de grandeur, un elopement à moins de 10 000 € est tout à fait faisable, quand un mariage sous 30 000 € devient difficile. Côté photo et film, mes tarifs sont grosso modo les mêmes dans les deux cas, parce que c'est le même travail ; c'est la proportion qui change, puisqu'en elopement je suis souvent le seul prestataire avec l'officiant. Les déplacements sont calculés sur mesure, et mon calendrier de voyages peut réduire nettement les frais de trajet.
Questions fréquentes
Un elopement, est-ce vraiment se marier ? Oui. Les larmes ne comptent pas les chaises. Un officiant, de vrais vœux et un lieu qui signifie quelque chose font le travail qu'on attribue d'habitude à cent invités. Chez nous, ce sont nos enfants qui ont officié, et je n'ai jamais vécu de cérémonie plus forte.
À partir de combien d'invités bascule-t-on vers un mariage ? D'expérience, la mécanique arrive autour de quinze-vingt : au-dessus, vous gagnez planner, planning et transport ; en dessous, la journée tourne encore à la confiance et à la lumière du jour.
Vous photographiez les deux formats ? Ce sont les deux moitiés de mon travail : éditorial et documentaire, photo et film, une seule équipe dans les deux cas. Le portfolio tient des week-ends de château complets et des sommets à deux, côte à côte. [Portfolio]
On hésite encore. Vous recommandez quoi ? Je pose une seule question aux couples : quels visages avez-vous besoin de voir pendant vos vœux ? Si des prénoms arrivent tout de suite, et si vous aimez la fête, faites un mariage, et faites-le sur plusieurs jours. Si la réponse est « le tien », partez à deux, ou avec vos plus proches, et projetez le film pour tout le monde après.
Et maintenant ?
Si le mariage l'emporte, commencez par la région : les guides Vallée de la Loire, Provence et Vendée contiennent tout le déroulé. Si l'elopement l'emporte, la page elopement et sa FAQ montrent exactement comment je construis ces journées. [Tarifs et formules elopement] Sans oublier le guide pour se marier à l’étranger également. Et si vous hésitez encore, écrivez-moi votre histoire ; pour avoir vécu les deux, je devine en général dès la première conversation laquelle vous ressemble (et au fond de vous, vous devez le savoir aussi).